La population guyanaise au bord de délestages quotidiens
Il est nécessaire de réorienter le développement de l’entreprise publique vers les besoins des usagers.
Après le littoral, c’est au tour des populations de l’Ouest de la Guyane d’être plongées dans le noir durant plus de 7 heures. Les mauvais choix, les erreurs politiques de la direction d’EDF Guyane et la privatisation imminente en sont les tristes conséquences et se paient aujourd’hui au prix fort.
Les coupures
L’état de dégradation de notre réseau, résulte de l’absence d’une politique de maintenance et d’un manque criant de moyens nécessaires (personnels, outils de travail, formation...) au bon fonctionnement des unités ayant en charge l’entretien de notre réseau électrique.
Les dernières coupures sur l’Ouest (St Laurent, Mana, etc...) qui ont plongé pendant 5 à 7 heures la quasi-totalité de la population de l’Ouest due à un manque flagrant de moyens de secours qui auraient dû être mis en place par la direction d’EDF Guyane(Groupes en place insuffisants pour satisfaire la demande, indisponibilité de groupes auto-portés ou absence totale de moyens de secours) ont une nouvelle fois fait défaut.
Les moyens dans les communes de l’intérieur sont encore nettement insuffisants. Les agents ont du mal à répondre à la demande des populations présentes sur ces sites(St Georges, Maripasoula, Apatou, etc..). Cette situation indigne du service public ne peut ni nous réjouir, ni nous satisfaire. Elle ne fait que confirmer ce que l’UTG avait prévu et annoncé depuis plusieurs années. Il est grand temps de renforcer le parc de production de ces communes guyanaises.
Les attentes
La qualité de service, le service public dans sa globalité se dégradent à grande vitesse au sein de notre entreprise, plus particulièrement au niveau de l’accueil des usagers. En effet, l’attente pour le règlement de factures d’électricité devient interminable et exaspérante ; plus de deux heures pour acquitter sa facture. Ce dysfonctionnement déjà relevé par l’UTG provient simplement d’un déploiement peu judicieux des points d’encaissements et surtout de réticences par rapport aux embauches incombant à la direction. Pour étayer nos propos un point d’accueil a été créé sur la commune de Matoury sans aucune possibilité de paiement. Nous comprenons bien que la mise en place d’une véritable caisse, avec possibilité de paiement en espèces nécessite des moyens particuliers en terme de sécurité et d’infrastructure. Mais à l’heure des nouvelles technologies et de la vulgarisation des moyens de paiement informatisés, il y a possibilité d’améliorer ce point d’accueil en y mettant un mode de règlement par carte bancaire et permettre aussi aux usagers de s’acquitter de leur facture par chèque.
Cette dégradation du service accueil/clientèle (coupures, attentes, etc..) créé des conflits et de fortes tensions entre les usagers et les agents EDF. Nous ne sommes pas étonnés d’apprendre que les agents en charge d’accueillir nos usagers se font invectiver voire menacés physiquement. Il est grand temps que nos directions s’imprègnent de la gravité de ce triste constat et qu’enfin elles puissent faire face à nos réalités spécifiques.
Domiciliation
A cela, la direction n’oppose qu’une réponse et renvoie consommateurs et salariés dos à dos en les priant de payer leur facture, notamment par un programme drastique d’économie. Ainsi, les coupures pour impayés au mépris du respect des textes en vigueur font l’application immédiate d’un forfait de 45€ à tout usager qui n’aurait pas honoré sa facture dans les temps. Or, les conditions de ventes stipulent que l’application de ce forfait ne peut se faire que si un agent s’est déplacé et a rencontré l’usager. En l’absence de ce dernier, le forfait n’est pas applicable. Par contre, elles permettent que la puissance souscrite par l’usager soit réduite par la mise en place de fusibles appropriés et donner ainsi la possibilité à l’usager d’avoir à minima quelques points d’éclairage et éventuellement un moyen de conservation en fonction (réfrigérateur). Ce qui est un moyen de pression fort car le confort de l’usager en est fortement affecté, dégradé.
Malgré cette dégradation et déréglementation du service public, la direction innove en mettant en place l’obligation de verser 100€ pour toute personne non domiciliée (dont les paiements ne se font pas par prélèvement automatique) voulant accéder à l’énergie. La direction créé une situation discriminatoire envers ces usagers et oublie deux choses : à savoir que l’accès à l’énergie est un droit pour tous et que, jusqu’à preuve du contraire EDF a toujours une mission de service public. Nous tenons simplement à informer la population qu’aucun texte légal ne permet d’instaurer une telle pratique, qui ne fait qu’augmenter la précarité au sein de la population Guyanaise déjà très fortement touchée par un taux de chômage anormalement élevé.
Les collectivités, le Centre Spatial et autres grosses entreprises fortement endettés ne sont pas touchés par cette pratique illégale. On frappe d’abord sur les plus démunis au lieu de s’attaquer aux entreprises solvables qui ont des privilèges inconsidérés.
Les postes
Toutes ces dispositions prises par la direction d’EDF Guyane s’intègrent pleinement dans le projet d’actions du nouveau président qui a été nommé voilà quelques mois à la tête du groupe EDF. Il se veut ambitieux à la simple invocation de son nom : Objectifs 7500, qui consiste en une économie de 7,5 milliards d’Euros sur une période de trois ans. L’application de ce projet se fait déjà ressentir par différentes déclinaisons qui sont :
Pas de remplacement systématique pour les départs en inactivité
Pas de publication systématique d’un poste vacant, ce qui a pour effet d’augmenter la charge de travail sur le reste du personnel et d’étaler la masse salariale sur le temps, donc d’économiser d’énormes sommes d’argent.
Délocalisation des achats, donc suppression de poste, confiscation de la maîtrise des achats, perte de compétences et appauvrissement de l’économie locale. Cette directive va à l’encontre des engagements pris par le directeur de centre qui se veut être un acteur du développement économique de la Guyane. La standardisation et l’uniformisation des directives nationales, ne sont pas en adéquation avec la politique de participation au développement des DOM.
Toutes ces mesures n’ont qu’un but, présenter un bilan financier attrayant pour attirer de gros investisseurs dès l’ouverture du capital et la privatisation du groupe à court terme, au mépris de la fracture sociale engendrée. Les bénéfices d’EDF doivent profiter au service public, aux investissements, à l’emploi et aux salaires.
Personnel
Face à ces attaques frontales l’UTG a déposé un cahier de revendications :
Sur la base de la publication des postes non pourvus pour certains depuis plus d’un an et demi.
Sur la création de nouveaux emplois dus à l’évolution des métiers et des technologies,
Sur la réorganisation de certains secteurs pour une meilleure prise en compte des besoins, en matière de maintenance de nos réseaux électriques.
Sur l’évolution du personnel local confrontée à une discrimination sans précédent, vis à vis de l’encadrement qui nous arrive de la France (que nous appelons les pers684). En terme de déroulement de carrière et de rémunération c’est sans commune mesure.
Pour citer un exemple :
Un agent local peut espérer une augmentation de salaire en moyenne tous les 4 ans voire plus, un pers 684 tous les ans, voire au plus tous les deux ans. Les déroulements de carrière revêtent un caractère tout aussi inquiétant, des écarts importants apparaissent entre l’encadrement métropolitain et les locaux.
Cette discrimination doit cesser, nous demandons l’équité de traitement pour tous. Il ne peut y avoir deux chemins en termes d’évolution et de rémunération au sein de notre entreprise. Voilà une des pistes de progrès en terme d’économie pour son plan d’actions « Objectifs 7500 » que devrait prendre le nouveau président : « la réduction des avantages consentis à cette catégorie de personnel ».
L’UTG refuse d’endosser la responsabilité de ces situations inacceptables qui incombe à la seule direction d’EDF Guyane.
L’UTG refuse que l’on puisse traiter les communes de l’intérieure comme des lieux de seconde zone.
Les usagers de Guyane ne méritent pas un service public au rabais, l’UTG fidèle à son engagement continuera à défendre EDF Guyane « service public ».
22 avril 2005
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