Lettre de la fédération CGT de l’énergie à Pierre GADONNEIX sur la situation sociale à EDF Guyane
Montreuil, le 19 juin 2007
Monsieur le Président,
Depuis mars 2007, le centre EDF de Guyane est sujet à des perturbations sociales ininterrompues.
A la suite d’une prétendue affaire de vol de combustible, une dégradation des rapports entre le syndicat UTG-CGT de L’Eclairage, une bonne partie du personnel et la direction s’est opérée inéluctablement jusqu’à une rupture totale du dialogue social qui devrait prévaloir dans une entreprise de cette envergure et avec comme conséquence une quasi-paralysie des activités du centre.
La présentation officielle, qui est faite des événements de ces dernières semaines, laisse insidieusement penser que, non seulement le syndicat serait coupable de complicité (active ou passive) dans une affaire de vol de combustible, pour laquelle jusqu’à ce jour AUCUNE PREUVE n’a pu être établie par la direction de centre, mais qu’en plus l’organisation syndicale serait coupable d’agressions diverses et variées faisant apparaître certains responsables comme des délinquants.
Nous faisons bien entendu une lecture de la situation radicalement opposée.
Le syndicat UTG-CGT de L’Eclairage a démontré ces 25 dernières années que ses revendications et ses actions étaient exclusivement déterminées par l’exigence d’un service public de l’énergie au service des intérêts de la population.
Cela s’est traduit à différentes périodes par des revendications sur le renforcement des moyens de production, sur la priorité d’octroi de contrats EDF à des entreprises locales, sur le développement de l’emploi local et sur l’accession des Guyanais aux postes de responsabilité. L’entreprise est ainsi reconnue dans le pays non seulement pour la qualité du service rendu mais également pour son implication dans le tissu socio-économique de Guyane.
En décembre 2006, le syndicat UTG-CGT animait un mouvement de grève concerté avec les autres syndicats des Pays d’Outre-mer avec comme objectif principal le rejet du dossier concernant la filialisation de la production dans les DOM.
Ce dossier, particulièrement sensible Outre-mer et qui voit aujourd’hui une très grande majorité des élus locaux de Martinique (la quasi totalité des Maires) se positionner contre la filialisation de l’activité de production dans le pays, illustre bien l’attachement que les populations des Pays Outre-mer ont vis à vis de notre entreprise dans l’exercice de ses missions de service public.
En Guyane, les discussions approfondies, qui ont eu lieu à l’occasion du mouvement social, ont permis aux différentes parties prenantes locales d’aborder sans complexe, à l’approche des changements qui affectent le secteur de l’énergie, les problématiques des moyens de production, des investissements dans le Transport et les Réseaux et le désenclavement énergétique des Communes de l’Intérieur.
L’UTG-CGT de L’Eclairage est donc bien un partenaire majeur dans le dialogue social local et reconnu à ce titre tant par le personnel que les partenaires institutionnels. Obérer cette réalité, c’est se tromper gravement sur la possibilité de restauration de relations sociales constructives et équilibrées dans le centre de Guyane.
Concernant les différents faits qui sont reprochés vis-à-vis de nos camarades, comment comprendre un type de management qui consiste, pour un chef de centrale (de surcroît nouvel arrivant en Guyane) à porter des accusations de vol de combustible qui ne s’appuient sur aucune preuve ? Comment comprendre le management de la direction locale qui, une fois en possession des différents rapports internes (chef de quart, expert technique du moteur et cadre exploitation) qui ne concluent à aucun moment à un vol de combustible, s’entête à vouloir imposer la position de son collaborateur au mépris de l’intégrité professionnelle des dizaines d’agents concernés par la plainte contre X pour le prétendu vol ?
Comment comprendre l’opération qui a consisté à envoyer à la provocation, à la centrale de Dégrad des Cannes, le chef de centrale puis le Directeur adjoint accompagné d’un huissier et d’un juriste si ce n’est que cette initiative était sous-tendue par l’intention de créer un trouble et d’étoffer le dossier disciplinaire des responsables syndicaux.
En vérité, les procédures disciplinaires engagées contre plusieurs des responsables syndicaux d’EDF Guyane couvrent, selon nous, une stratégie d’atteinte aux libertés fondamentales et d’attaque contre des militants syndicalistes dont l’attitude a toujours été la défense des intérêts de la population.
Concernant la procédure disciplinaire, il est inacceptable que la direction locale viole les dispositions statutaires à travers l’article 6, d’une part, (délai impératif pour la prise de sanction pour des agents suspendus de leurs fonctions) et l’article 3, d’autre part, avec la non-convocation de la commission de discipline après un premier constat de carence de quorum.
Par ailleurs, les responsables des collectivités locales de Guyane, dans un courrier commun qui vous a été adressé le 7 juin, vous demandent de faire preuve de discernement et de rechercher « un consensus minimal propre à préserver l’essentiel ».
Vous avez choisi de ne pas entendre.
Les élus locaux viennent à nouveau de se positionner sur le conflit et appellent à la suspension immédiate des procédures disciplinaires. Il vous appartient de les entendre ou d’assumer les risques d’une confrontation sociale.
D’ores et déjà, l’assemblée générale du personnel d’EDF Guyane a voté ce jour 19 Juin, à la quasi-unanimité, le principe d’une grève illimitée à compter du lundi 25 juin, date prévue de l’entretien à partir duquel le directeur de Centre procédera à la prise des sanctions disciplinaires.
Les collègues de Martinique envisagent, à leur tour, d’entrer en mouvement en solidarité avec le centre de Guyane et appellent d’ores et déjà à la grève.
Pas loin de 1000 signatures d’agents ont d’ores et déjà été recueillies en Guyane, Martinique, Guadeloupe et Réunion et se positionnent contre les procédures de sanctions qui ont cours en Guyane.
En conclusion, vous avez la responsabilité de prendre les mesures qui s’imposent afin d’éviter un vrai risque de dérive sociale qui, né d’un dysfonctionnement interne et par mauvaise gestion, risque de se muer en conflit de société en Guyane.
Recevez, Monsieur le Président, l’expression de nos sincères salutations.
Le Secrétaire Général,
Frédéric IMBRECHT
22 juin 2007
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