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Lettre ouverte au personnel et à tous les acteurs du conflit EDF Guyane


Pour une logique de l’apaisement

Nous publions ici la lettre ouverte de Monseigneur Emmanuel LAFONT, évêque de Guyane, au sujet du conflit en cours à EDF Guyane.

« La justice est chère. Prenez une pinte et arrangez-vous » (proverbe écossais).

« Se retirer d’une dispute est un acte honorable. Seuls les imbéciles s y entêtent » (La Bible. Pr. 20, 3).

« limin difé a pa engnin, a siporté chalô ki sa kichoz ».

Le conflit EDF - Guyane, qui n’en finit plus de rebondir, a laissé se créer pour l’ensemble du personnel un climat de peurs, d’amertumes et de rancunes, lourd de menaces pour le temps qui vient. Comme évêque, il ne m’appartient pas de prononcer ici une parole publique sur le fond du débat, mais je suis devenu, quotidiennement désormais, le confident d’une souffrance qui submerge bien des employés et leurs familles aussi bien que les cadres et qui devient de jour en jour moins supportable. Du plus bas au plus haut, les cœurs ne sont pas en paix.

Je voudrais d’abord dire aux employés et aux travailleurs que je comprends leur angoisse. J’ai entendu les découragements, les peurs, la secrète conviction qu’il est devenu dangereux de dire ce que l’on pense. Ils m’ont demandé d’intervenir et je m’y emploie. Je voudrais dire ensuite aux responsables ma confiance en leur volonté et leur capacité à trouver au conflit en cours une issue qui ne laissera personne au bord du chemin, et ma conviction qu’ils recevront le soutien nécessaire dans ce chemin vers la paix sociale retrouvée.

On dit souvent qu’il faut savoir terminer une grève. J’ose penser qu’il est temps de passer à l’étape inévitable si l’on souhaite continuer de vivre et travailler ensemble, à savoir s’asseoir à une même table. Alors seulement peut se naître - ou renaître - le désir de mieux se comprendre pour regarder ensemble les problèmes à résoudre. La négociation suppose que l’on mette au vestiaire tout désir de faire capituler la partie adverse.

A cette étape au contraire, chacune des parties peut être amenée à revoir son comportement passé avec une sérénité suffisante pour mieux discerner ce qui est acceptable, dans un conflit, et ce qui ne l’est pas.
C’est dans cet esprit que j’en appelle aujourd’hui à l’apaisement. Je ne souhaite pas revoir les jours d’opposition violente, de débordements et de coups de colère dont on ne reste pas fier longtemps. Je n’imagine pas non plus qu’on puisse créer la paix en continuant imperturbablement sur le chemin des sanctions et d’autres ripostes. Je me tiens prêt à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour créer un climat d’apaisement et de dialogue. Tout peut être perdu si l’on demeure dans la logique de l’affrontement, mais rien ne l’est jamais lorsqu’on prend le chemin de la négociation.

† Emmanuel Lafont Evêque de la Guyane

24 octobre 2007

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