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Pourquoi les agents de Guyane, Martinique, Guadeloupe, Réunion et Corse s’opposent à la filialisation des moyens de production dans leur pays...


- La Direction d’EDF indique vouloir pérenniser sa présence dans les DOM en investissant 1 milliard d’Euros d’ici à 2012. Est-ce une vraie bonne nouvelle ?
Le montant annoncé suffit à peine à couvrir les besoins énergétiques des différents pays d’Outre-Mer. En réalité, compte tenu des nouvelles normes environnementales en vigueur et les contraintes imposées sur les rejets de CO2 dans l’atmosphère , compte tenu de l’obsolescence des moteurs des différentes centrales, le remplacement des groupes s’avérait inéluctable... Problème : En Guyane, EDF prévoit de substituer à l’horizon 2010 les 72 MW installés par 70 MW, on est donc loin d’un parc de production en croissance apte à affronter les années futures...Subitement, on assiste à une débauche d’interventions médiatiques de la direction comme si elle découvrait l’ampleur des urgences alors même que nous avons , à plusieurs reprises, posé la problématique des moyens de production et exigé la mise en place d’une expertise afin d’éviter d’aller dans le mur....

- N’y aura-t-il plus de coupures électriques avec la future usine ?
La centrale neuve ne garantira pas la disparition des coupures sur le littoral et les populations de l’Ouest continueront de subir les aléas des délestages épisodiques . En effet, la garantie de fourniture repose à la fois sur un réseau de transport et de distribution de qualité mais aussi sur un parc de production suffisant et efficient. Ce n’est pas le cas en Guyane pour ce qui concerne la « solidité » du réseau et les sites distants comme Saint-Laurent qui ne disposent pas de moyens de production propres continueront d’être en première ligne dès qu’un incident réseau ou de production se produira. Il faut , pour stabiliser l’ensemble du réseau électrique, mettre en place un moyen de production dans la région de l’ouest (comme par le passé) . C’est une revendication ancienne des organisations syndicales. Il faut également sécuriser le réseau de transport par des investissements conséquents comme par exemple, doubler la ligne haute tension entre Kourou et Saint-Laurent du Maroni.

- Les communes de l’Intérieur seront-elles concernées par les investissements d’EDF ?
Non, les difficultés d’approvisionnement en énergie électrique dans les communes de l’intérieur relèvent d’un mal chronique qui n’est pas prêt de s’infléchir. EDF se réfugie derrière la loi et le régime des contrats de concession pour se désengager de fait. Les collectivités locales des Dom et de la Guyane en particulier n’ont pas et n’auront jamais les ressources suffisantes pour réaliser les investissements nécessaires à une vraie mise à niveau et au développement indispensable des infrastructures. Sans même parler de capacité à accompagner le développement économique de ces régions enclavées, on ne peut sûrement pas considérer que le service public rendu dans les communes de l’intérieur soit à la hauteur des besoins vitaux des populations.

- Quel est le motif essentiel de l’opposition des organisations syndicales de Guyane et des autres régions d’Outre-Mer au projet d’EDF ?
EDF, sous couvert du nécessaire renouvellement des moyens de production, en profite pour transformer les structures de production (centrale de Dégrad des Cannes en Guyane) en filiale 100% EDF au motif que cela lui permettra de bénéficier d’avantages financiers équivalents à ceux que gagnent ses concurrents. Cela n’est pas une opération sans importance. En réalité, EDF, premier électricien d’Europe, a les reins suffisamment larges pour se passer de quelques % de rémunération d’investissement en moins.
En vérité, ce projet industriel cache plusieurs objectifs largement moins estimables :

  • La mise en place de filiales (de nouvelles sociétés même à capital "100% EDF") servira d’opportunité au dégraissage des effectifs soit par non remplacement des départs en retraites, soit par externalisation d’activités (transfert probables d’activités majeures à la filiale « tête de file » située à Paris ou mutualisation régionale d’activités. L’expérience d’anciens services publics de la place (ex. France Telecom) témoigne de « l’efficacité des réorganisations » lorsqu’il s’agit de rechercher des gains de productivité à marché forcée....A commencer par les coupes sombres dans les effectifs et les délocalisations d’activités...
    La situation de l’emploi en Guyane est par trop catastrophique pour que nous laissions partir plus d’une cinquantaine d’emplois dans les 10 à 15 ans à venir. Les projections économiques ne laissent pas augurer de perspectives favorables à l’emploi . En 2005, 88% des entreprises nouvellement créées n’avaient aucun salarié , sur les 1016 entreprises , 5 seulement dépassaient le seuil de 5 salariés.
    Alors comment admettre qu’ une entreprise de dimension mondiale comme EDF envisage de supprimer des emplois ? Quel avenir préparons-nous aux jeunes qui vont envahir le marché de l’emploi ces prochaines années ?
  • Les filiales sont complètement distinctes d’EDF et à ce titre, elles auront tout loisir de revoir les accords d’entreprise et donc d’y amener tous les ingrédients de la flexibilité et de la précarité....
  • Les filiales peuvent, du jour au lendemain, faire l’objet de cession pour cause de mauvais rendements ou de rémunérations insuffisantes du régulateur (la commission de régulation de l’énergie compense - à partir de fonds prélévés sur factures d’électricité des ménages - tous les surcoûts de production et dans les DOM, ceux découlant de l’isolement géographique et de la non-interconnection à un réseau national).
  • L’éclatement de l’entreprise affaiblit les travailleurs et il y a fort à craindre, en Guyane comme ailleurs, que les directions n’en profitent pour s’attaquer aux autres secteurs d’activités (distribution, transport, tertiaire) et les démanteler.
    Les récentes mesures prises par la direction d’EDF et appliquées uniquement dans les DOM (et pas en Corse par exemple) et qui visent à mettre en place une avance de garantie de 60 ou 100€ en cas de non domiciliation du client traduisent bien le nouveau crédo de l’entreprise : le service à l’argent et non plus le service au public et à la prise en considération des réalités sociales dégradées qui se rencontrent justement plus généralement et plus crucialement dans nos régions.
    Cette pratique est de surcroît illégale car contraire à la loi sur l’accès à l’énergie et préfigure ce que sera le service public à la carte et demain, à la tête du client... Lorsque parallèlement, EDF fait preuve de beaucoup moins de vertu pour payer ses dettes aux entreprises locales déjà exsangues de trésorerie et étire ses délais de règlement, on mesure très vite les mutations qui s’opèrent dans l’entreprise publique.

- Pourquoi est-il nécessaire de maintenir une entreprise intégrée sous une même entité décisionnaire ?
L’électricité n’est pas une marchandise comme une autre. Elle fait partie des biens indispensables au développement de la société . A ce titre, la responsabilité de l’état est de mettre en œuvre toutes les conditions à la satisfaction de ce besoin vital. Cela passe par la mise à disposition de l’énergie partout et à un coût supportable par la population guyanaise dont une grande partie est en situation de précarité.

  • Pour rappel, l’I.D.H. = indicateur de développement humain en 2001 était mesuré à 0,89 soit celui qui affectait la France en ...1980, le PIB/habitant - indicateur de niveau de vie moyen -était égal, en 2004, à 11935€ soit moins de la moitié de celui de la France (24386€), 38% de la population émargent à la CMU ce qui traduit une situation de pauvreté de plus de 72500 personnes.
  • plus de 8000 habitations ont été classées comme étant insalubres...
  • le nombre de Rmistes est en augmentation constante (plus de 11000 en 2003 soit plus de 22% en 3 ans)
  • Plus de 11 000 familles sont en attente de logement, 24000 habitants vivent dans des conditions insalubres (conférence de presse du Ministre du Tourisme du 01/06/2006)

Ces enjeux exigent que le traitement de la problématique énergétique dans les DOM soit pris en compte dans une politique globale de rattrapage des retards structurels qui obèrent le développement social de nos populations et handicapent l’avenir économique de notre pays.
Une énergie en quantité, en qualité et à un coût supportable par la population ne peut pas être garantie sans le support d’une entreprise forte, parfaitement intégrée , détentrice d’une puissance économique, financière et industrielle , émanant de la puissance publique et assujettie prioritairement à une démarche de service public et non de recherche de profits.
A l’inverse , laisser le marché s’accaparer la production électrique aujourd’hui, le transport et la distribution demain, c’est à coup sûr, tirer un trait sur la péréquation tarifaire qui garantit actuellement à notre population de pouvoir accéder à l’électricité à un coût abordable.

- Au final, La mobilisation des agents de Guyane n’est-elle pas injustifiée ou exagérée ?
C’est la première fois dans l’histoire des relations sociales à EDF qu’autant de régions (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et Corse) s’unissent pour dénoncer ce qui s’apparente à une supercherie médiatique visant à camoufler les véritables intentions d’un démantèlement programmé d’une entreprise indispensable au développement et acteur majeur dans l’aménagement du territoire.
Des intersyndicales se sont formées dans tous les départements. En Guyane, l’UTG et la CDTG se sont alliés dans la lutte contre ce projet. La revendication essentielle ne porte pas sur des demandes financières pour les agents mais bien sur le maintien d’une structure intégrée dont a besoin et aura besoin la Guyane pour son développement.

- Les revendications ne sont-elles pas plutôt du champ de compétences des élus ?
Oui les élus et les collectivités sont fondés à intervenir et à se prononcer quand des choix d’entreprise risquent d’influer inéluctablement sur les conditions de vie des populations ou le développement économique du pays. A ce titre, toutes les composantes politiques de Guyane ont été sensibilisées.
Mais les organisations syndicales ont aussi le devoir d’interpeller la population comme elles l’ont toujours fait, par le passé , à EDF Guyane,afin d’éviter le choix de stratégies industrielles ou économiques mauvaises pour le pays. En l’espèce, Il s’agit de dépasser les engagements purement corporatistes lorsque les enjeux qui se posent sont à l’échelle de notre société. Il s’agit bien d’enjeux politiques....

- La population risque-t-elle d’être « prise en otage » ces prochains jours ?
Nous faisons tout pour que la direction d’entreprise revoie sa copie et ouvre de vraies négociations sur l’avenir énergétique des DOM. Nous avons alerté les pouvoirs publics et continuons d’informer le personnel et la population sur le bien fondé de notre action. Le cas échéant, nous prendrons nos responsabilités le moment venu et nous en informerons la population. Nous savons que nous sommes en capacité d’engager une action majeure à l’échelle de plusieurs pays et cela sera une première pour notre mouvement syndical. L’appui de la population et de la classe politique locale est bien entendu un facteur de poids qui jouera dans la résolution du conflit qui nous oppose à la direction d’EDF....

25 novembre 2006

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